En réponse à l’épidémie Ebola : médecins sans frontières ou fermeture des frontières ?

Kaci Hickox est une infirmière de 33 ans. Elle revient d’une mission éprouvante en Sierra Leone avec Médecins sans frontières (MSF). Elle n’a pas de fièvre, aucun symptôme d’Ebola. Mais dès son arrivée à l’aéroport de New York, elle est entourée par des agents en tenue blanche, questionnée « comme une criminelle », isolée dans une tente sept heures durant, sans boire ni manger...

On lui fait des tests sanguins, qui se révèlent évidemment négatifs car elle n’est pas malade. Puis direction l’hôpital du New Jersey pour une quarantaine de 21 jours ! Ainsi en a décidé Chris Christie, gouverneur de l’État du New Jersey, déjà en campagne présidentielle avec sa décision de quarantaine ! Une décision qui rejoint celle des gouverneurs de l’Illinois et de New York ou la décision de Barak Obama d’une quarantaine sur la base américaine de Vicenza en Italie, pour tous les militaires partis en Afrique de l’Ouest lutter conter Ebola.

Cette décision de quarantaine est vivement dénoncé par MSF : « Cette disposition, appliquée même en l’absence de symptômes, n’a pas de fondement scientifique et pourrait ruiner les efforts en cours pour endiguer l’épidémie à la source. (…) Le risque d’être mis en quarantaine pendant 21 jours à leur retour a déjà poussé certains travailleurs humanitaires à réduire la durée de leur engagement sur le terrain. D’autres pourraient ne plus être disposés à partir ».

Le racisme en embuscade

Face à Ebola, certains politiciens surfent sur la peur de la maladie pour défendre leur vieux projet de fermeture des frontières. Le 27 octobre, l’Australie a suspendu « provisoirement » l’immigration en provenance des pays d’Afrique touchés par Ebola, le Canada l’a rejoint. En Italie, la Ligue du Nord, qui manifestait à Milan le 18 octobre, et Beppe Grillo du mouvement 5 Étoiles, mènent une intense campagne qui vise à assimiler migrants clandestins africains et Ebola.

À Strasbourg, Marine Le Pen et la Ligue du Nord ont tenu une conférence de presse pour dire que « seul un arrêt de l’immigration en provenance d’Afrique, et notamment de l’immigration clandestine, permettrait de protéger la santé des Français du risque majeur que fait courir cette épidémie ». Et d’exiger « la suspension des liaisons aériennes avec ces pays ». Et Jean-Marie Le Pen pense avoir été un « éclaireur » en déclarant au mois de mai que le virus Ebola pouvait « régler en trois mois » la question de l’explosion démographique de l’Afrique.

Un pur mensonge raciste, qui tire un trait entre africain et Ebola. Ebola n’arrive pas par barque, mais par avion. Dans l’immense majorité des cas, il ne s’agit pas d’immigrés, mais de travailleurs humanitaires rapatriés sanitaires, après avoir risqué leur vie pour sauver d’autres vies, et éviter ainsi que Ebola ne se transforme en pandémie mondiale.

Des moyens pour mettre fin à l’épidémie

La fermeture des frontières pousse à multiplier les escales, à mentir sur son vol de départ, et à échapper au dépistage, cela lorsque, selon une étude de la prestigieuse revue médicale anglaise The Lancet, le contrôle le plus efficace est celui effectué dans les aéroports de départ. Un simple questionnaire et la prise de température, effectués depuis des mois au départ de Guinée, Liberia et Sierra Leone, évitent en moyenne chaque mois le départ vers l’étranger de trois personnes infectées par le virus responsable de cette maladie qui a fait plus 5 500 morts.

Comme le déclare le directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses, le Dr Anthony Fauci, « le meilleur moyen de nous protéger est de mettre fin à l’épidémie en Afrique, et le meilleur moyen de combattre la maladie là-bas est d’envoyer un maximum de personnels de santé sur place pour aider à soigner les malades ».

Ni fermeture des frontières ni campagne raciste, mais au contraire l’exigence de moyens pour concilier solidarité internationale face à l’épidémie et sécurité des personnels de santé, voilà la réponse du National Nurse United (NNU), le syndicat infirmier US présidé par Rose Ann De Moro. Elle « proteste contre le refus des hôpitaux de mettre en place des mesures de protection suffisantes pour traiter des patients ayant Ebola », notamment de la part du géant de la gestion hospitalière Kaiser Permanente.

Quelque 100 000 infirmières dans le pays, dont 50 000 en Californie, devraient participer à la grève des 11 et 12 novembre prochain, pour du matériel adapté protégeant tout le corps du personnel et une formation « continue et rigoureuse » au maniement de ces équipements et au protocole de soin des malades.

Frank Cantaloup


P.-S.

* Paru dans l’Hebdo L’Anticapitaliste - 263 (06/11/2014). http://www.npa2009.org/

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